À Villeneuve-la-Garenne, la Semelog a mis en service le 10 septembre une laverie robotisée de contenants alimentaires dimensionnée pour la restauration collective. Le site, présenté comme une première en France par ses promoteurs, doit traiter jusqu’à 40 000 bacs et couvercles en inox par jour, soit l’équivalent de 160 000 repas.
Le sommaire
Le projet est porté par cette société d’économie mixte locale réunissant 26 collectivités d’Île-de-France, présidée par Pascal Pelain, maire de Villeneuve-la-Garenne. L’inauguration s’est tenue en présence de Mathieu Lefevre, ministre délégué à la transition énergétique, et de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. Au-delà de l’effet vitrine, l’installation répond à une contrainte très opérationnelle : absorber à échelle industrielle le passage du plastique à l’inox dans une partie de la restauration publique.
Le dossier s’inscrit dans le cadre de la loi Egalim, dont les principes généraux sont rappelés par le ministère de l’Agriculture et par l’Ademe. Depuis le 1er janvier 2025, les contenants alimentaires en plastique ne peuvent plus être utilisés pour la cuisson, la remise en température et le service dans plusieurs segments de la restauration collective accueillant des publics sensibles, notamment les établissements scolaires et universitaires, les structures pour enfants de moins de 6 ans et certains services médicaux infantiles.
Une capacité pensée pour industrialiser le réemploi des bacs inox
La laverie robotisée de contenants alimentaires inaugurée par Semelog repose sur un outil lourd au regard du marché encore émergent du réemploi en restauration collective. L’installation associe 22 robots et 9 tunnels de lavage, certains atteignant 24 mètres, avec des pompes fonctionnant à 10 bars. Le rythme annoncé monte à 37 bacs lavés par minute.
Le point clé n’est pas seulement la cadence. La promesse industrielle tient aussi à l’automatisation d’une tâche qui, jusqu’ici, relevait souvent de chaînes plus classiques ou d’opérations en partie manuelles. À la sortie des tunnels, des caméras intégrant des fonctions d’intelligence artificielle contrôlent l’état de propreté intérieur des contenants. L’objectif est clair : sécuriser la qualité sanitaire sans rallonger les manipulations, alors même que les bacs inox reviennent chargés de résidus alimentaires parfois très incrustés.
Semelog avance un autre argument, plus décisif pour les acheteurs publics et les exploitants de cuisines centrales : l’absence de rinçage préalable, y compris pour des bacs fortement souillés. Si cette performance se confirme dans la durée, elle réduit la pénibilité, simplifie la logistique amont et limite les points de friction au moment de généraliser le réemploi à grande échelle.
L’usine doit servir en premier lieu les besoins du Syrec, l’établissement public chargé de préparer les repas de la restauration scolaire à Villeneuve-la-Garenne, avec un volume de 160 000 repas par jour selon les données communiquées par le projet. Son partenaire Tables Communes est également associé au dispositif. Cette articulation entre cuisine centrale, parc de contenants inox et laverie dédiée donne au dossier une cohérence de filière que beaucoup de collectivités cherchent encore.
35 M€ pour l’usine, les contenants et l’adaptation de la chaîne amont
Le montant engagé situe immédiatement le projet dans une autre catégorie qu’un simple équipement de blanchisserie alimentaire. L’enveloppe globale atteint 35 M€, dont 22,9 M€ pour l’usine elle-même et 12 M€ pour l’acquisition des contenants et des matériels recyclables. Le financement a été partagé entre plusieurs partenaires publics, notamment l’Union européenne, l’Ademe et la région Île-de-France.
Le chèque ne couvre pas seulement le bâtiment et les lignes de lavage. En amont, le Syrec a dû restructurer sa cuisine centrale pour basculer vers les bacs inox désormais utilisés. C’est l’un des angles morts de nombreux projets Egalim : remplacer le plastique ne consiste pas à changer un achat catalogue. Il faut adapter la manutention, le stockage, les flux sales et propres, parfois les fours ou les systèmes de remise en température, et recalibrer la logistique retour.
Le modèle économique dépendra donc moins du seul coût unitaire de lavage que de l’ensemble de la chaîne. Les promoteurs du site mettent en avant jusqu’à 80 % d’économies d’électricité et d’eau par rapport à un lavage manuel. Le chiffre est significatif, même s’il devra être observé en régime stabilisé, avec des volumes réels, des cycles complets et des exigences sanitaires constantes. Pour les collectivités, l’enjeu est double : tenir la conformité réglementaire sans faire exploser les coûts d’exploitation.
Ce projet arrive d’ailleurs à un moment où le débat sur les contenants et la réutilisation reste mouvant dans l’espace public, entre consigne, recyclage et réemploi. Les hésitations de la politique nationale sur certains dispositifs de collecte des emballages plastiques, relevées ces derniers mois par Les Échos ou par L’Opinion, montrent au passage qu’entre affichage environnemental et mise en œuvre industrielle, la ligne est rarement droite.
Un outil industriel adossé à 70 recrutements, dont 60 en insertion
L’autre singularité du dossier tient à son volet emploi. Pour exploiter le site, 70 collaborateurs ont été recrutés, dont 60 dans le cadre de parcours d’insertion. Dans un projet très automatisé, le chiffre rappelle une réalité souvent sous-estimée : la robotisation ne supprime pas le besoin d’opérateurs, elle déplace les tâches vers la conduite d’équipement, le contrôle qualité, la maintenance, la logistique et la gestion des flux.
Sur ce point, Semelog cherche manifestement à installer un récit industriel complet, à la fois technologique, environnemental et social. Le choix d’un montage en société d’économie mixte locale n’est pas neutre non plus. Il permet aux collectivités de garder la main sur un maillon devenu stratégique avec l’entrée en vigueur d’Egalim, plutôt que de dépendre exclusivement d’opérateurs privés ou de solutions plus dispersées.
Reste une inconnue majeure pour les professionnels du secteur : la capacité de réplication. Le site de Villeneuve-la-Garenne est calibré autour d’un bassin de besoins déjà constitué et d’un donneur d’ordre structurant, le Syrec. Toutes les collectivités n’ont ni les volumes, ni l’assise financière, ni la densité logistique suffisants pour porter seules un outil de cette taille. C’est là que le caractère intercommunal et mutualisé du montage devient décisif.
Un test grandeur nature pour l’après-plastique en restauration publique
La vraie mesure du projet ne se jouera pas à l’inauguration, mais dans sa capacité à tenir les promesses industrielles sur plusieurs années : disponibilité des équipements, niveau de qualité sanitaire, consommation réelle d’eau et d’énergie, robustesse des bacs inox et fluidité du circuit retour. À 40 000 unités par jour, la laverie robotisée de contenants alimentaires entre de fait dans une logique de production continue, avec ses exigences de maintenance et de taux de service.
Si le modèle fonctionne, il pourrait accélérer l’émergence d’une filière française du lavage industriel de contenants réemployables pour la restauration collective. Le besoin existe déjà ; l’offre, elle, reste encore fragmentée. Villeneuve-la-Garenne servira donc de démonstrateur bien au-delà de son territoire. Dans ce dossier, l’innovation n’est pas tant le robot que l’assemblage complet entre réglementation, cuisine centrale, logistique retour et outil industriel dimensionné pour le volume.
Autrement dit, la conformité à Egalim sort ici du registre administratif pour devenir une question d’ingénierie industrielle. C’est sans doute le principal enseignement du site francilien.
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