Le tribunal de commerce de Toulouse a laissé un répit supplémentaire à Fibre Excellence Saint-Gaudens. Mardi 15 septembre, les juges ont prolongé de trois mois l’activité de cette usine haut-garonnaise de pâte à papier, en redressement judiciaire depuis fin avril, et fixé au 22 octobre à midi la date limite de dépôt des offres de reprise.
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Le sursis ne règle rien sur le fond, mais il évite pour l’instant un scénario à la Tarascon. L’autre site français du groupe a été liquidé le 30 juillet, avec 270 suppressions de postes. A Saint-Gaudens, 270 salariés restent suspendus à la solidité d’un projet de reprise encore en cours de consolidation, sur un dossier où l’Etat et la région ont choisi d’ouvrir le robinet de la trésorerie sans aller jusqu’à entrer au capital.
5,5 M€ de soutien public pour tenir jusqu’à mi-décembre
Le montage arrêté pour passer l’automne repose sur un financement public transitoire. L’Etat a débloqué 2 M€ pour couvrir les besoins de l’industriel jusqu’au 30 septembre. La région Occitanie prendra le relais avec 3,5 M€ pour la période d’octobre à mi-décembre. L’objectif est simple : maintenir la continuité d’exploitation le temps que les candidats finalisent leur offre et que le tribunal puisse les examiner.
Ce schéma confirme la ligne suivie depuis plusieurs semaines par les pouvoirs publics : soutenir la trésorerie, laisser du temps à la procédure collective et exiger des garanties industrielles avant toute décision. Selon Les Echos, le ministère public plaidait déjà pour un délai supplémentaire afin de permettre aux repreneurs de structurer leur proposition. Le rôle du ministère de l’Industrie a été mis en avant ces derniers jours, Sébastien Martin rappelant qu’un délai judiciaire n’a de sens que si le porteur de projet sécurise réellement son montage.
Carole Delga, présidente socialiste de la région Occitanie, a salué une étape gagnée après plus de neuf mois de mobilisation des salariés et des syndicats. Dans les faits, la région s’expose davantage qu’au début du dossier : elle ne se contente plus d’appuyer politiquement la reprise, elle finance désormais une partie de la survie opérationnelle du site.
Une reprise encore floue, malgré une offre déjà sur la table
Le calendrier judiciaire est désormais resserré. Les offres devront être remises avant le 22 octobre à midi, avec l’attente, côté tribunal comme côté Etat, d’engagements plus solides sur le financement, la gouvernance et la pérennité industrielle. L’identité du porteur de projet mis en avant ces derniers jours n’a pas été rendue publique. Ce point n’est pas anodin : dans ce type de procédure, le manque de visibilité sur la capacité financière des candidats pèse souvent autant que le projet industriel lui-même.
Une offre existe déjà autour de la région Occitanie et de partenaires industriels. D’après La Tribune, cette proposition s’appuie sur un plan d’investissement de 90 M€ pour le site de Saint-Gaudens. Le schéma évoqué ces dernières semaines comprend la reprise d’actifs valorisés à 25 M€, des prêts de la Caisse des dépôts à hauteur de 30 M€, ainsi qu’une participation de la région, du conseil départemental de Haute-Garonne et d’investisseurs privés, dont Alliance Bois.
Les contours industriels restent toutefois à confirmer. Des articles de presse ont mentionné l’implication de Soprema, ainsi que l’intérêt d’un acteur portugais de la pâte à papier et des produits d’hygiène. A ce stade, il faut distinguer ce qui relève d’une offre déposée, d’une lettre d’intention et d’un tour de table encore en construction. C’est précisément ce flou que le tribunal veut voir levé dans les prochaines semaines.
Le dossier est d’autant plus sensible que Saint-Gaudens est présenté comme un maillon stratégique de la filière française. Le site appartient au dernier fabricant français de pâte à papier marchande, un positionnement qui explique la forte implication des collectivités et la dimension presque souveraine qu’a prise le débat ces dernières semaines.
La nationalisation temporaire a été refusée
Le 2 septembre, Carole Delga avait demandé à l’Etat d’entrer temporairement au capital de Fibre Excellence afin d’éviter une liquidation. Cette option a été écartée par le gouvernement, qui a préféré s’en tenir à un soutien de trésorerie, à l’accompagnement des repreneurs et, selon les montages évoqués dans la presse, à un possible effacement partiel de dettes.
Ce refus fixe une limite politique claire. L’exécutif accepte de soutenir un outil industriel jugé important pour la filière, mais sans porter directement le risque actionnarial. Le Monde rappelait déjà début septembre que la région plaidait pour une intervention plus directe de l’Etat face au retrait de l’actionnaire indonésien.
Le redressement judiciaire ouvert fin avril trouve en effet son origine dans ce désengagement financier. L’actionnaire a refusé d’apporter des fonds supplémentaires, laissant les deux usines françaises du groupe sans solution de refinancement durable. Depuis, l’enjeu consiste moins à constater les pertes qu’à déterminer si un repreneur peut relancer l’activité dans des conditions crédibles.
L’ombre de Tarascon pèse sur le bassin de Saint-Gaudens
Le précédent de Tarascon change la lecture du dossier. Le 30 juillet, le tribunal a prononcé la liquidation de l’autre site du groupe, après avoir rejeté une offre portée par le financier Matthieu Pigasse. Résultat : 270 emplois supprimés dans les Bouches-du-Rhône, soit environ la moitié des effectifs français de Fibre Excellence.
A Saint-Gaudens, ce précédent alourdit la pression sur tous les acteurs. Les salariés ont désormais un calendrier, mais pas encore de repreneur sécurisé. Les collectivités ont trouvé 5,5 M€ pour maintenir les machines en état de marche et préserver l’outil de production jusqu’à mi-décembre. Reste la question centrale : ce temps acheté par l’argent public débouchera-t-il sur une reprise ferme, ou seulement sur un report de l’échéance ?
La prochaine borne est désormais connue. Le 22 octobre, les candidats devront passer du discours aux garanties financières et industrielles. Dans ce type de dossier, trois mois peuvent suffire à boucler un tour de table. Ils peuvent aussi révéler qu’aucun projet n’était réellement mûr.
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