Depuis le 1er septembre, EDF a changé de main à la tête du Tricastin, l’un de ses sites nucléaires les plus exposés aux enjeux de long terme du parc français. José de Carvalho prend la direction de la centrale drômoise, où 1 500 salariés EDF et 600 intervenants partenaires travaillent en permanence, selon les chiffres avancés par l’électricien.
Le sommaire
Le dirigeant de 55 ans succède à Cédrick Hausseguy, resté dix ans en poste et désormais rattaché à la direction nationale de la production nucléaire et thermique d’EDF, à Paris. La transition a été préparée en amont, avec plusieurs semaines de passation sur les dossiers techniques et industriels du site de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Pour un site qui fournit autour de 40 % des besoins électriques de la région, le sujet n’est pas protocolaire : il touche à la continuité d’exploitation, à la préparation des grands arrêts et à l’avenir du site dans la relance nucléaire.
Un retour au Tricastin pour un directeur du sérail nucléaire
José de Carvalho n’arrive pas en terrain inconnu. Il a commencé sa carrière au CEA de Marcoule, dans le Gard, avant un premier passage au Tricastin dès 2009. Son parcours l’a ensuite conduit sur plusieurs centrales du parc EDF, notamment à Saint-Laurent-des-Eaux et à Paluel, puis à Belleville-sur-Loire qu’il a dirigée, avec un détour par Framatome. Tricastin devient ainsi la cinquième centrale placée sous sa responsabilité.
EDF met en avant une transmission dans la continuité plutôt qu’une rupture de ligne. Le positionnement est cohérent avec le calendrier du site : ni fermeture, ni redimensionnement, mais une séquence de préparation industrielle lourde. Cédrick Hausseguy doit désormais contribuer, depuis Paris, aux travaux du groupe sur la poursuite d’exploitation des réacteurs sur longue période, un dossier structurant pour l’ensemble du parc existant.
Le choix d’un profil maison, passé à la fois par l’exploitation des centrales et par Framatome, illustre aussi la sensibilité du moment. EDF doit tenir simultanément la production du parc actuel, les programmes de maintenance et la montée en charge des projets neufs. Le groupe insiste d’ailleurs plus largement sur ses besoins en compétences expérimentées, y compris seniors, comme le relevait récemment Les Echos dans un article consacré aux recrutements chez EDF.
Maintenance 2026 et visites décennales : le vrai dossier industriel
La feuille de route du nouveau directeur est déjà balisée. Premier chantier : piloter les opérations de maintenance prévues en 2026 sur la centrale. Deuxième priorité, plus structurante encore : préparer la cinquième visite décennale du site, attendue à partir de janvier 2029.
Dans le nucléaire français, ces visites décennales ne relèvent pas du simple arrêt programmé. Réalisées tous les dix ans sur chaque réacteur, elles combinent contrôles approfondis de l’état des installations, vérification de conformité au référentiel de sûreté applicable et intégration des améliorations issues du retour d’expérience et des évolutions techniques. Elles conditionnent la poursuite d’exploitation dans des conditions validées par l’Autorité de sûreté, avec en toile de fond l’objectif désormais assumé par EDF d’emmener plusieurs unités jusqu’à 60 ans.
Au Tricastin, l’enjeu pèse d’autant plus lourd que le site compte quatre réacteurs et constitue un maillon majeur de l’alimentation électrique régionale. La préparation de ces séquences mobilise à la fois les équipes d’exploitation, les ingénieries centrales, la chaîne de sous-traitance qualifiée et les fournisseurs d’équipements. Pour les industriels de la filière, c’est le type de dossier qui donne de la visibilité, mais qui concentre aussi les tensions sur les compétences, les délais d’intervention et la disponibilité des pièces critiques.
Les chiffres d’effectifs avancés pour le site, 1 500 salariés EDF et 600 partenaires permanents, n’ont pas été recoupés ici par une source indépendante tierce. Ils donnent néanmoins un ordre de grandeur de l’empreinte industrielle locale de la centrale, dans un territoire où le nucléaire reste un employeur structurant bien au-delà du seul exploitant.
Le Tricastin dans la course aux futurs EPR2
Troisième axe assigné à José de Carvalho : défendre la candidature du Tricastin à l’accueil éventuel d’un EPR2. Le site figure parmi les six implantations françaises citées début septembre comme candidates potentielles pour recevoir de nouveaux réacteurs, avec Nogent-sur-Seine, Golfech, Blayais, Creys-Malville et Chinon, selon BFM Business.
À ce stade, il ne s’agit pas d’une décision d’implantation, mais d’une mise en concurrence de sites appelés à être départagés. Le gouvernement a déjà donné un premier feu vert aux travaux préparatoires des futurs EPR2 de Gravelines, comme l’a rapporté Capital. Pour les autres localisations pressenties, la bataille se joue sur plusieurs critères : emprise foncière, acceptabilité territoriale, disponibilité de l’eau de refroidissement, raccordement au réseau, environnement réglementaire et capacité du tissu local à absorber un chantier de très grande taille.
Dans ce jeu, Tricastin présente un avantage évident : le site vit déjà au rythme du nucléaire, avec des compétences présentes, une culture industrielle installée et des infrastructures existantes. Cela ne préjuge pas du choix final. EDF et l’Etat arbitrent à une échelle nationale, en fonction des priorités du programme et de la séquence de déploiement des futurs réacteurs. Mais pour le nouveau directeur, pousser ce dossier revient à installer le Tricastin non seulement comme site à prolonger, mais aussi comme plateforme possible de la prochaine vague d’investissements nucléaires.
Une nomination de continuité, sous contrainte de résultats
La nomination de José de Carvalho n’a rien d’un mouvement purement administratif. Elle intervient au moment où chaque site du parc est observé sous trois angles à la fois : niveau de production, maîtrise de la maintenance et capacité à se projeter dans les arbitrages de long terme. Dans l’électricité française, où le développement des renouvelables redessine aussi les équilibres de marché, comme l’a encore rappelé Le Monde à propos des effets des renouvelables sur les consommateurs, EDF doit maintenir la valeur industrielle de son parc historique.
Pour Tricastin, la suite est donc assez lisible. D’abord réussir les séquences d’exploitation et de maintenance de 2026 sans dégrader la disponibilité des quatre unités. Ensuite, engager la préparation fine des visites décennales prévues à partir de 2029, qui pèseront sur les calendriers, les budgets et la mobilisation de la supply chain nucléaire. Enfin, tenir son rang dans la compétition interne ouverte autour des EPR2.
Le nouveau directeur connaît déjà la maison, le site et les codes du parc. C’est un atout, pas une garantie. Dans le nucléaire, la continuité se mesure moins aux organigrammes qu’à la capacité à faire tourner les réacteurs en sûreté, à préparer les arrêts lourds et à garder une place dans la carte industrielle des investissements à venir.
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