Schneider Electric a arrêté deux mouvements de fond dans son appareil industriel français : la fermeture de son usine de Chasseneuil-du-Poitou, dans la Vienne, d’ici à mars 2028, et le regroupement de plusieurs implantations normandes sur un nouveau site à Évreux. Le premier volet concerne 147 salariés ; le second s’accompagne d’un investissement annoncé à plus de 150 M€.
Le sommaire
La séquence dit beaucoup de la manière dont le groupe pilote désormais son empreinte productive : moins de dispersion, davantage de concentration sur des sites jugés plus adaptés aux volumes, à l’automatisation et aux besoins de ses marchés. Le fabricant d’équipements électriques, porté ces derniers trimestres par la demande liée à l’électrification et aux data centers, n’est pas dans une logique de repli financier. Son chiffre d’affaires 2025 a atteint 40,2 Md€ et le groupe emploie 160 000 personnes dans le monde.
Chasseneuil-du-Poitou cessera son activité en mars 2028
Le calendrier est désormais posé. L’usine de Chasseneuil-du-Poitou, dans l’agglomération de Poitiers, doit cesser sa production en mars 2028. Schneider Electric y emploie 147 personnes. A ce stade, les informations disponibles ne détaillent ni la spécialité exacte des lignes concernées, ni leur capacité de production, ni le dispositif social qui accompagnera la fermeture.
Ce point comptera pourtant dans la suite du dossier. Dans ce type de réorganisation, la question centrale n’est pas seulement celle de la date d’arrêt, mais celle des reclassements internes, des mobilités géographiques et, le cas échéant, du recours à un plan de sauvegarde de l’emploi. Sur un site de cette taille, l’impact dépasse vite le seul effectif direct : sous-traitance, maintenance, intérim et services de proximité entrent aussi dans l’équation du bassin d’emploi.
Le groupe n’a pas présenté cette décision comme une suppression sèche de capacité à l’échelle française, mais comme un redéploiement de son outil industriel. La nuance n’est pas anodine. Elle laisse entendre que Schneider Electric cherche moins à réduire sa présence en France qu’à la remailler autour d’implantations plus concentrées, avec un niveau d’investissement plus élevé sur les sites retenus.
Évreux capte plus de 150 M€ pour concentrer l’outil normand
Le pendant de la fermeture dans la Vienne se joue en Normandie. Schneider Electric prévoit d’y regrouper plusieurs de ses sites sur une nouvelle implantation à Évreux, dans l’Eure. Le projet représente plus de 150 M€ d’investissement. A l’échelle de l’industrie française, le montant place l’opération parmi les CAPEX significatifs de rationalisation de site, avec une ambition qui dépasse un simple déménagement immobilier.
Un tel ticket vise généralement plusieurs objectifs en même temps : moderniser les flux, réduire les coûts fixes liés à des usines éclatées, rapprocher les équipes de production et d’ingénierie, et augmenter le niveau d’automatisation. Sans données plus précises sur la surface, les équipements transférés ou les capacités visées, il reste prématuré d’en mesurer le gain industriel exact. Mais le signal est clair : Schneider Electric concentre ses moyens sur les implantations considérées comme les plus robustes pour la prochaine décennie.
Cette logique de regroupement n’a rien d’isolé dans l’industrie électrique. Les fabricants arbitrent de plus en plus entre proximité commerciale et efficacité industrielle, surtout quand les marchés demandent davantage de personnalisation, des délais plus courts et des investissements numériques lourds. Schneider Electric met d’ailleurs régulièrement en avant la modernisation de ses usines françaises et ses briques logicielles d’IA industrielle, comme le montre aussi son positionnement récent relayé par Investir – Les Echos.
Une réorganisation menée depuis une position financière solide
Le contraste est net : le groupe engage cette réorganisation alors qu’il affiche des résultats solides, et non sous la contrainte d’une crise de liquidité ou d’un recul brutal de ses commandes. Cette donnée change la lecture du dossier. Quand une entreprise ferme un site alors même que son activité reste bien orientée, la justification relève en général d’un arbitrage de productivité, de spécialisation industrielle ou d’allocation du capital.
Les marchés financiers ont d’ailleurs continué à regarder Schneider Electric comme une valeur bien placée sur les thèmes de l’électrification, de l’efficacité énergétique et des infrastructures numériques. Plusieurs publications boursières récentes, sans porter sur le dossier industriel français lui-même, illustrent cette confiance persistante, qu’il s’agisse des analyses de place ou des opérations régulières de rachat d’actions relayées par Les Echos Comfi et d’autres communiqués financiers du groupe.
Autrement dit, Schneider Electric ne ferme pas Chasseneuil-du-Poitou parce qu’il manquerait d’air. Le groupe choisit de réallouer ses moyens, ce qui rend la décision plus difficile à défendre localement : dans les territoires, une fermeture décidée par un industriel rentable suscite presque toujours un niveau de contestation supérieur à celui d’une restructuration imposée par une chute d’activité.
Ce que surveilleront élus, fournisseurs et représentants du personnel
Les prochains mois devraient se jouer sur trois terrains. D’abord, le social : le nombre de reclassements proposés, leur distance géographique et le calendrier des discussions avec les représentants du personnel. Ensuite, l’industriel : quelles activités seront précisément transférées, vers quels sites, avec quelles conséquences pour la supply chain française de Schneider Electric. Enfin, le territorial : la capacité du site de Chasseneuil-du-Poitou à retrouver un repreneur ou une réaffectation industrielle crédible.
Le dossier d’Évreux sera observé avec la même attention, mais pour des raisons presque inverses. Les collectivités et les partenaires industriels voudront connaître la montée en charge du futur site, les emplois maintenus ou créés, ainsi que la nature des productions qui y seront concentrées. Plus l’investissement sera associé à des lignes stratégiques ou à des fonctions d’ingénierie, plus la Normandie pèsera dans l’organisation française du groupe.
Cette recomposition confirme en tout cas un mouvement déjà visible chez de grands industriels : la France peut rester une base de production, à condition que les sites gagnants absorbent des volumes, du capital et des technologies, pendant que d’autres décrochent. Pour les 147 salariés de la Vienne, la mécanique a déjà un visage très concret. Pour Évreux, elle prend celui d’un pari industriel à plus de 150 M€ dont il faudra désormais juger l’exécution.
Articles pour aller plus loin :


